L'état du genre dans les médias au Burundi

Par Laetitia NTAVYOHANYUMA

Journal Le Renouveau, Burundi

La plate-forme d’action de la Conférence Mondiale de Beijing sur les femmes a identifié les médias comme un des 12 domaines prioritaires d’action. Par le pouvoir immense qu’ils détiennent dans la circulation publique de l’information et la formation des opinions, des perceptions, des comportements et des attitudes les médias en général et ceux du Burundi en particulier constituent un enjeu des luttes pour le pouvoir et la transformation des sociétés.

Ils constituent également un instrument privilégié dans la promotion des droits humains.

Des barrières entravent la réalisation des objectifs des femmes journalistes, d’autant plus que le paysage médiatique Burundais est dominé par les hommes, les femmes restent minoritaires au sein des rédactions, presque absentes dansles postes de direction.

Pour y remédier, il faudrait qu’il y ait plus de représentativité des femmes dans les rédactions, et en profiter pour améliorer l’image publique et la place politique et sociale de la femme burundaise en général et de la femme journaliste en particulier.

Les médias au Burundi

Le paysage médiatique comprend 12 radios dont 8 privées et une radio publique, 2 télévisions dont une privée et une nationale.

La presse écrite est composée de 2 journaux publics qui sont :

-Un quotidien gouvernemental Le Renouveau, édité en français, qui tire en 2500 exemplaires.

-Un hebdomadaire Ubumwe, édité en langue nationale « Kirundi », qui est un journal du peuple.

-Deux agences de presse dont une gouvernementale, Agence Burundaise de Presse (ABP) et une privée.

A côté de cela il faut ajouter 8 journaux privés et des bulletins spécialisés des entreprises afin de promouvoir leur visibilité.

Analyse de la situation des femmes journalistes au sein des médias

Les données fournies sont issues d’une enquête menée par l’Association des Femmes Journalistes (AFJO) en 2006, sur un échantillon de 9 organes de presse. Il s’agit de la Radio TélévisionNationale (RTNB), « Le Renouveau », la Radio Bonesha FM+, la Radio Publique Africaine (RPA), Radio Isanganiro, Radio Renaissance, l’Agence Burundaise de Presse (ABP), le journal Arc en Ciel et l’agence Net Press.

Répartition des femmes journalistes entre les différents secteurs médiatiques

Sur base de l’échantillon retenu, les femmes journalistes ne représentent que 31,5% des membres de la profession. La plus grande partie des femmes journalistes (soit 32,1% des journalistes) opèrent dans le secteur public avec une prépondérance pour la presse audiovisuelle où on a une proportion de 32,7% de femmes. Au sein de la presse écrite privée, la proportion des femmes est de 0%, ailleurs dans les radios privées, l’unique radio publique et lapresse écrite publique, une moyenne de 30% est atteinte. Il est intéressant de noter que depuis l’existence de la radio nationale et du quotidien public le Renouveau (avril 1978) une seule femme a été nommée directrice et rédacteur en chef du quotidien.

Les raisons avancées par les directeurs des publications des journaux privés est que la ligne éditoriale est purement politique et très peu de femmes oseraient s’aventurer sur ce terrain. Certains responsables confirment que les femmes manquent d’audace, d’endurance, de disponibilité notamment pour traiter les questions politiques qui font l’essentiel du contenu des journaux privés.

Pour d’autres, les femmes ne sont pas de vraies passionnées du journalisme. Elles font ce métier comme un gagne pain, c’est pour cela qu’ellespostulent rarement dans les journaux privés.

Une raison concerne l’insuffisance du budgetqui ne permet pas de recruter un personnel diversifié au sein de la presse écrite privée.

L’autre particularité est la sous représentativité des femmes dans les postes de direction et à la tête des rédactions, qui sont des organes de prise de décision où se gère l’information au quotidien. Ilest normal que les femmes journalistes se retrouvent incapables d’influencer le traitement des informations notamment au niveau de l’équité des genres dans les sources, les thèmes et le contenu.

Cela résulte en partie du fait qu’il y a moins de femmes journalistes titulaires de diplômes d’études supérieures mais aussi du peu d’intérêt que les responsables portent à l’équité des genres et à la diversité. Cette situation renforce les barrières psychologiques, car les femmes journalistes n’ayant pas de modèles ou références, elles ne cherchent pasl’excellence ou la perfection dans leur travail car elles manquent de motivation et d’ambition.

Le Renouveau a créé depuis 2003, une rubrique Genre qui est dirigée par une femme.

Des attentes

Sur le plan professionnel, les femmes journalistes se défendent, les prix décernés à l’une ou l’autre à l’occasion d’un concours au Burundi ou ailleurs en sont une preuve. Les femmes actives dans le métier souhaiteraient plus de postes de responsabilité au sein des médias. Le secteur public a donné le ton en nommant des femmes à la tête du quotidien et de l’Agence Burundaise de presse.

Il faudrait des efforts sensibles au niveau de l’audiovisuel et dans le secteur privé, où aucune femme n’est à la tête d’un organe de presse.

Les femmes journalistes souhaiteraient qu’elles soient associées dans les projets de formation pour leur permettre de se spécialiseret de bénéficier des expertises dans différents domaines pour rattraper le retard qui est manifeste.

La Société Civile voudrait que les femmes journalistes soient agressives, plus combattantes, qui anticipent et influencent les événements et les situations, en particulier ceux qui mettent en jeu les droits de la femme.

Les femmes journalistes devraient viser loin et penser en termes de devenir elles-mêmes propriétaires ou patrons d’entreprises de presse. C’est peut-être par leurs idées qu’elles vont changer leur pays et le monde entier de façon positive et objective.